365 jours dans la vie d'un expert-comptable.129Aujourd’hui, je me propose de résoudre un grand mystère : comment un comptable peut – il éprouver du plaisir à jongler avec des chiffres toute la journée ?

En fait, on désigne par comptable, une fonction très large qui recouvre un certain nombre de métiers, finalement assez différents, qui peuvent faire appel à des compétences assez distinctes

Premier niveau de tâche : trier et classer

J’ai vu des personnes se délecter de ce genre de travail : elles en retirent un sentiment du « devoir accompli », et quand tout est bien rangé, elles se sentent souvent libérées : essayez, vous verrez, ça marche !

Deuxième niveau : saisir les données

La saisie des données, est un métier amené à disparaître d’ici 20 à 30 ans. Ou tout au moins, il prendra une autre forme, faite de gestion de données dématérialisées. Pour l’instant, nous sommes en 2009 et dans les 2 500 000 entreprises françaises de moins de 10 personnes la saisie est un travail effectif même si il est un peu aidé par les logiciels disponibles.

Mais c’est aussi un travail de contact pour obtenir les bonnes informations, de bonne compréhension de l’entreprise pour laquelle le comptable travaille, de découverte de professions différentes.

Là encore à la fin de la journée, le tas (de documents à encodé) a diminué, voir disparu, et cela est satisfaisant.

Troisième niveau : le contrôle des comptes

Vous avez enregistré toutes vos opérations, c’est-à-dire tous les mouvements économiques et juridiques de la vie de l’entreprise, le document que vous en retirez est censé représenter la situation de l’entreprise à l’instant T.

Par exemple si vous avez acheté une marchandise, le compte concerné doit comprendre le montant acheté.

Si un fournisseur est payé, son compte dans vos livres doit être à zéro.

Une fois la saisie terminée, le comptable doit contrôler que ce qu’il a obtenu est bien ce qu’il veut obtenir, ce qui n’est pas toujours le cas pour de multiples raisons, que je ne vais pas détailler ici.

C’est là que notre comptable se transforme en Sherlock Holmes.

Vous aimez les romans policiers ?

Eh bien, les recherches que suppose la mise en forme de la comptabilité s’apparentent à une enquête : vous avez des indices, quelque fois un suspect, pas de crime sanglant, quoique le faux en écriture soit puni d’amendes et de prison ….

Réellement, vous suivez des raisonnements logiques, à partir d’indices que sont la date, des annotations, des factures, des textes de loi et les chiffres.

Cet exercice peut être aussi rapproché du raisonnement que vous êtes amené à tenir lorsque vous cherchez à remplir une grille de sudoku : c’est simplement un jeu de l’esprit.

Quand vous avez trouvé, c’est toujours satisfaisant.

Quatrième niveau : vous procédez à vos déclarations et obligations fiscales : c’est un travail qui peut être assez répétitif pour le comptable en cabinet qui traite entre 10 et 40 dossiers par an, voir une centaine en supervision pour l’expert-comptable.

Pour le jeune collaborateur, c’est une tâche apprenante, formatrice, qui peut aussi être gratifiante et lui permettre de grandir professionnellement. C’est aussi le moment où il rencontre un peu plus longuement son client et où il peut valoriser son travail.

Cinquième niveau : vous exploitez les données rassemblées et fiabilisées dans la comptabilité pour présenter au Chef d’Entreprise divers indicateurs (ce qui suppose que la comptabilité soit en permanence à jour) sur le fonctionnement de son entreprise : son tableau de bord. Ces chiffres permettent de prendre un certain nombre de décisions d’orientation ou de réorientation.

Pour celui qui met en place ce système, il y a une vraie recherche, un travail d’analyse approfondi sur l’organisation, les processus, un travail rédactionnel (si vous aimez écrire ?) et de communication, beaucoup d’échanges, un peu de sudoku aussi quelque fois.

Sixième niveau : le commissariat aux comptes, c’est un métier difficile et risqué

Si vous aimez tout ce qui est juridique, si vous aimez remettre les choses en cause (car cela permet de repérer les risques), si vous aimez découvrir les métiers des autres et leur fonctionnement, si vous aimez l’entreprise en soi par l’échange qu’elle permet entre les êtres humains, si vous avez moins de 30 ans et que vous êtes en situation apprenante, si vous souhaitez élargir votre culture générale, alors pratiquer ce métier pendant 5 à 10 ans au début de votre carrière vaut largement un 3ème cycle.

Et le chiffre ?

Et le chiffre dans tout ça me direz-vous ?

Le chiffre n’est qu’un jeu, un outil, un moyen de communiquer ; donnez-lui du sens : le chiffre est un grand bavard.

Le chiffre sécurise aussi. Pour un comptable 1+1, ça fait toujours 2, pour le chef d’entreprise aussi, sauf quand la sécurité sociale et les impôts s’en mêlent.

C’est finalement un beau métier auquel je ne reproche qu’une chose à titre tout à fait personnel : le manque de créativité.

 

véronique mascré

365 jours dans la vie d’un expert-comptable